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Le Système Immunitaire des poissons par Bernard (Ses défenses naturelles)
A) - Avant-propos Le contenu de cet article est le fruit de mes 25 années
d’aquariophilie et n’a pas la prétention de couvrir toute l’étendue de
l’immunité qui est dans son ensemble très complexe mais de transmettre
l’essentiel pour un minimum de connaissances à nos amis aquariophiles surtout
débutants sur les possibilités que nous offre la nature, j’ai volontairement
supprimé tout ce qui aurait pu être rébarbatif et difficilement assimilable pour
les non initiés et qui n’aurait rien apporté de plus à une bonne compréhension.
Pour ceux qui souhaiteraient approfondir leurs connaissances je les invite à
consulter les documentations spécialisées ou encore le Web qui est un très bon
outil de recherche.
Avertissements : Pour éviter les disfonctionnements rencontrés sur certains
forums en raisons de multiples controverses et éventuellement l’utilisation du
contenu à des fins qui ne seraient pas dans l’esprit des auteurs, dont cet
article est leur propriété, toutes utilisations, même partielles, de cet article
sur quelques supports que ce soient ; sites, forums ou ouvrages, ne seraient pas
autorisées sans l’accord des auteurs.
B) - Objectifs : J’ai un poisson malade, quel traitement ? Cette
question est souvent posée sur tous les forums.
Attirer l’attention de chacun sur l’importance de l’action des défenses
naturelles, la préserver voire la favoriser. Comprendre le processus du
système immunitaire c’est aussi mieux éviter toutes actions qui viendraient
contrecarrer son action. Que cette présentation, très sommaire, puisse
apporter une réflexion et une approche sur les possibilités de nos poissons à
résister eux-mêmes aux agents infectieux à la condition que le milieu de vie que
nous leur offrons soit optimal. Le but est avant tout de faire partager avec
ceux qui se lancent dans cette merveilleuse aventure de l’aquariophilie, que la
nature a donné à nos poissons des armes pour se défendre avant de recourir à
d’autres solutions plus ou moins aventureuses.
C) - Les premiers moyens de défenses des poissons contre les bioagresseurs
(*) : Les bioagresseurs ont pour origine le milieu extérieur du poisson, les
premiers dispositifs de défense qu’ils rencontrent sont les barrières naturelles
que sont : le tégument (la peau qui recouvre le poisson), l’épithélium (tissu
qui recouvre le corps, l’épiderme et les cavités internes), et les muqueuses
(membranes qui recouvrent les cavités du corps qui sont elles-mêmes recouvertes
de mucus secrété par des cellules spécifiques (les mucocytes).
Pour bien comprendre : Le tégument du poisson est composé de plusieurs
couches successives : - la cuticule, la couche externe du tégument, elle est
composée de mucus secrété par les cellules (mucocytes) superficielles de
l’épiderme, - l’épiderme, riche en terminaisons nerveuses et en cellules à
mucus, - le derme, siège des écailles et des cellules pigmentaires, -
l’hypoderme, il est fréquemment le lieu du processus infectieux.
D) - Connaissances (très simplifiées) du système immunitaire de nos poissons
: On entend souvent parler de défenses naturelles et du système immunitaire,
pour la bonne compréhension de tous et pour faire simple on peut définir que nos
poissons disposent : - De défenses naturelles innées (dès la naissance) c’est
le système immunitaire non spécifique qui est sans mémoire et ne développe pas
d’anticorps, les sentinelles qui montent la garde s’attaquent à tous les corps
étrangers sans différenciation. - De défenses naturelles acquises c’est le
système immunitaire spécifique avec mémoire et anticorps, La résistance aux
maladies va habituellement de pair avec l’âge par une plus ou moins grande
maturité du système immunitaire qui s’enrichit en anticorps au fur et à mesure
des rencontres avec les germes infectieux.
1. Le système immunitaire non spécifique ou défenses innées dépourvues de
mémoire (système acquis dès la naissance) : Les premiers remparts sont
d’abord le mucus et le tégument (la peau) qui contiennent des cellules
protectrices (les macrophages), des enzymes (le lysozyme) etc., qui s’attaquent
aux parois des cellules bactériennes étrangères, Ils représentent le système
immunitaire non spécifique (préservant de tous les corps étrangers sans
différenciation) et sont les premiers soldats de la protection pour empêcher les
bactéries, virus et parasites d’adhérer aux cellules (épithéliales) qui
recouvrent le corps (sous les écailles dans l’hypoderme). Dans la grande
majorité des cas et sans que l’on s’en aperçoive cette première barrière de
défense, qui a été stimulée en premier contre tous les corps étrangers, a bien
rempli sa fonction, sinon l’infection se poursuit.
2. Le système immunitaire spécifique ou immunité adaptive ou défenses
acquises : Elle nécessite un apprentissage des lymphocytes B et T face à
chaque « ennemi » rencontré puis de conserver ces informations en mémoire et de
ce fait réagir lors d’un prochain passage de ce même agent infectieux pour
déclencher la réponse immunitaire adaptive. Le cœur de nos poissons ne
dispose que d’un seul ventricule et que d’une seule oreillette, le sang comporte
des globules rouges et surtout des globules blancs où sont présents les
lymphocytes B et T (également présents dans les tissus) qui sont les supports de
l’immunité : • Les lymphocytes B et ses plasmocytes (sous population de ces
lymphocytes B) : cellules qui produisent les anticorps, • Les lymphocytes T
cellules tueuses qui en sont la mémoire et qui déclenchent la grosse
artillerie. Ces anticorps vont contribuer à la destruction de l’agent
infectieux et seront gardés en mémoire par les lymphocytes T pour ensuite
bloquer toutes nouvelles infections causées par le même agent dès qu’il se
représentera. Il y a autant d’anticorps que d’agents infectieux différents
rencontrés, chaque anticorps ou immunoglobuline est donc spécifique à chacun de
ces agents infectieux. Ce qui veut dire que lorsqu’un agent infectieux se
présente pour la première fois les lymphocytes ne disposeront pas d’anticorps
pour le combattre.
Pour une compréhension imagée on peut dire que l’antigène (partie des
protéines de notre agent indésirable) de l’agent infectieux est une serrure et
que l’anticorps (spécifique contre cet agent infectieux et à lui seul) en est la
clé qui va s’adapter sur la serrure. C’est le principe de la vaccination.
Comment ça marche ? : Lorsque l’agent pathogène (infectieux) a réussi à
passer la première barrière de protection naturelle du système non spécifique
l’infection peut se développer, dès lors c’est le système immunitaire spécifique
qui est activé. Les cellules macrophages, présentes aussi dans l’immunité
spécifique, fixeront l’agent pathogène pour les « manger » (phagocyter, terme de
spécialistes) et garderont la partie antigène pour la présenter aux lymphocytes
B producteurs d’anticorps, de même pour les cellules dendritiques présentes dans
tout le corps, celles-ci vont capturer l’agent infectieux et présenteront son
antigène aux lymphocytes T siège en partie des cellules tueuses qui entreront en
action. C’est le principe même de la réponse immunitaire.
E) – L’immunothérapie Action qui permet de modifier (en plus ou en moins)
les moyens de défenses naturelles et de l’activité du système immunitaire.
L’immunothérapie se répartit en immunostimulation et immunosupression :
a) - Immunostimulation, ce qui renforce le système immunitaire :
Ce qui peut favoriser le système immunitaire nous retrouvons : • Les
polysaccharides dont les plus connus étant les glucanes : les levures dont la
levure de bière (probiotiques) ces préparations contiennent des oligo-éléments
et des micro-organismes (bactéries inoffensives) qui protègent la flore
microbienne digestive, les algues comme la spiruline etc.… • Le lévamisole,
anti-helminthe (contre les vers branchiaux, de la peau et intestinaux à
l’exception des vers plats les cestodes comme le ténia) qui a des vertus
immunostimulantes en activant les macrophages en particulier et permet d’élever
le potentiel immunitaire et la stimulation de la production du nombre de
leucocytes sanguins (globules blancs) est augmenté, mais attention à ne pas
dépasser la dose prescrite (*) voir livre « guide des maladies des poissons » de
Gérald Bassleer, se reporter aussi en b) – Immunosuppression, ci-dessous. •
Les vitamines C et E, et bien d’autres… La vitamine C est bénéfique à la
croissance, la reproduction, la cicatrisation, en cas de stress, c’est un
anti-oxydant biologique qui protège les cellules vivantes et est présente dans
les cellules macrophages. La vitamine E est aussi un anti-oxydant qui a un
rôle essentiel dans l’immunité. • Certaines plantes.
b) – Immunosupression ou immunodépression, ce qui diminue ou annihile les
bienfaits de l’immunité :
Dès lors que les systèmes de l’immunité non spécifique et spécifique n’ont pu
stopper l’agent infectieux la maladie peut se développer, mais peut-on parler de
système immunitaire défaillant ou de mises en conditions du mal-être de nos
poissons qui ont rendu leurs défenses naturelles inopérantes ? Qui est vraiment
malade le poisson ou le contenu de l’aquarium ?
Les principaux facteurs qui entrent dans cette démarche sont : • Le
stress, qualifié d’anti-résistant, surtout si celui-ci perdure en durée ou en
fréquences rapprochées, le stress est la résultante de situations diverses
: - Lorsque l’on s’éloigne des valeurs optimales (pH, dureté, température
etc.) de son bien être. Plus on s’éloigne des qualités physiques et chimiques de
l’eau auxquelles le poisson n’est pas adapté plus le poisson aura des
difficultés à accomplir ses fonctions physiologiques et en particulier
immunitaires. - La situation du dominé qui est sans cesse la cible de ses
congénères. - Les conséquences des effets du stress les plus habituelles et
les plus importantes se situent à une diminution du nombre des lymphocytes
circulant et par conséquence à une augmentation de la sensibilité aux agents
pathogènes, de plus, une activité phagocytaire amoindrie des macrophages qui
constitue un mécanisme essentiel de la défense non spécifique des poissons, elle
est de plus indispensable à l’initiation de la réponse immunitaire spécifique
(*). - La surpopulation qui entraîne inexorablement une accumulation de
déchets organiques source de prolifération bactériennes. - Sans oublier les
matières azotées en grande quantité et bien entendu les traitements
inappropriés. • Les chocs thermiques et osmotiques et les situations
d’endosmose et d’exosmose prolongées. • Le lévamisole qui peut être toxique
et supprime la chimioluminescence des macrophages à une dose excessive (se
renseigner auprès de son vétérinaire) (*). • L’oxytétracycline, antibiotique,
peut altérer plusieurs paramètres de l’immunité non spécifique et spécifique
pour une utilisation à long terme (*). • La fumagilline, antibiotique, pour
le traitement des myxosporidioses (myxobolus cérébralis) peut avoir une
incidence sur le pourcentage des lymphocytes (*). • Les UV, l’utilisation sur
des temps trop longs des lampes à ultraviolet pour avoir une eau exempte de
bactérie ou autre parasite peut apparaître bénéfique à court terme par
l’élimination des éléments infectieux présents dans l’eau mais, de ce fait, ne
permet pas pendant ce laps de temps au système immunitaire de se «fabriquer» des
anticorps du fait de l’absence d’agent infectieux. Les anticorps ont une
durée de « vie » limitée à quelques semaines voire quelques mois et seule la
présence de ces agents infectieux, au contact avec les cellules protectrices des
poissons, permet aux lymphocytes précités de se « fabriquer et de stocker » les
anticorps. Un poisson peut très bien être immunisé face à un parasite durant
la présence de l’anticorps spécifique concerné et ne plus l’être après quelques
mois du fait de ne pas avoir rencontré ce même parasite entre temps pour
renouveler le « stock » d’anticorps. C’est bien une « fabrication» constante
d’anticorps qui permet à nos poissons la possibilité de résister aux maladies et
cela s’appelle SES DEFENCES NATURELLES.
En conclusion : Dans des situations critiques ou le mal être du poisson
est observé, le système immunitaire peut être diminué voire « désactivé », dès
lors c’est un véritable boulevard qui s’ouvre aux agents infectieux.
F) - Réfléchir avant d’agir : Pour éviter, autant que possible, ces
pénibles situations d’attaques en permanence et de toutes sortes contre
l’organisme que celles-ci soient d’origine bactériennes, virales ou autres
parasites il convient d’apporter toute notre attention à préserver dans de
bonnes conditions les défenses naturelles des poissons. Le but est d’éviter
par la suite d’avoir recours à d’autres remèdes plus ou moins aléatoires comme
les antibactériens mêmes ceux du commerce aquariophile qui sont réputés moins
virulents. Ces bactéricides qui assurent peut-être un mieux, mais dont on ne
connaît pas les conséquences à long terme sur les organes internes sans oublier
sur la flore bactérienne intestinale.
G) - Des solutions (presque que trop) simples : Les solutions les plus
simples étant parfois les meilleures, du moins quand elles n’apportent pas les
inconvénients énumérés ci-dessus, consistent à tout mettre en œuvre pour éviter,
autant que possible, à ce que l’organisme du poisson ne soit exposé et confronté
à des éléments infectieux. Pour le bien être de nos poissons c’est d’abord :
de l’eau propre, de la chaleur, une nourriture saine équilibrée et variée.
La recommandation souvent évoquée en cas de situations ou l’on s’aperçoit que
« quelque chose ne va pas » est dans un premier temps et sans attendre : •
D’effectuer des changements d’eau journaliers de l’ordre de 20 à 30 % pendant
une semaine pour diminuer la présence des matières organiques siège de
proliférations bactériennes ou d’autres présences indésirables. • D’augmenter
la température progressivement en quelques jours à 33° C pour affaiblir le
potentiel agressif parasitaire, au terme de cette période redescendre la
température à 30° C selon le processus inverse. Les poissons étant des
animaux poïkilothermes dont la température varie avec celle du milieu, toujours
procéder progressivement 1° C par jour étant une bonne solution. Il est
indispensable de renforcer le brassage de l’eau par un diffuseur d’air
supplémentaire pour d’une part, apporter un complément d’oxygénation compte tenu
de l’élévation de la température et d’autre part, de faire remonter du fond du
bac toutes substances nuisibles qui pourraient stagner. Il est reconnu depuis
longtemps que des poissons maintenus à des températures élevées éliminent les
bactéries plus rapidement (*). Situations envisagées sur de courtes périodes
pour ne pas « altérer » le système immunitaire. Le but de ces opérations est
de permettre aux défenses naturelles c'est-à-dire à son système immunitaire
spécifique de reprendre le dessus tout en lui donnant un petit « coup de main
». • Le nettoyage de toutes les matières indésirables situées au fond du
bac. • Un contrôle régulier des paramètres de son eau sans omettre de
vérifier le niveau des matières azotées que sont l’ammoniaque, les nitrites et
l’excès de nitrate, etc. • Une quarantaine, période indispensable souvent
négligée. Il est régulièrement évoqué qu’après l’introduction d’un nouveau
poisson une série d’infections voire de mortalité surviennent dans la population
alors que ce nouvel arrivant semble en bonne santé, cela peut étonner plus d’un
aquariophile. En fait cela peut très bien s’expliquer avec un peu de
connaissance sur le système immunitaire. Ce nouveau poisson dans son milieu
antérieur a très certainement rencontré cet agent infectieux et son système
immunitaire spécifique avait été activé, les sentinelles de l’immunité que sont
entre autres les cellules macrophages et dendritiques ont permis aux lymphocytes
de « fabriquer » et de mettre en mémoire les anticorps de cet agent
indésirable. Lors de l’introduction de ce poisson toujours porteur de
l’infection mais lui-même immunisé « porteur sain » dans son nouvel
environnement en présence d’autres congénères qui ne disposent pas de ces
anticorps du fait qu’il n’ont jamais rencontré cet agent infectieux et il suffit
d’un stress pour contrecarrer l’action du système immunitaire spécifique qui
pourra être momentanément « désactivé » et la maladie s’installe. Cette
période dite de quarantaine, qui peut être d’une durée de 5 semaines voire plus,
dans un bac d’attente ou intermédiaire ou appelé hôpital, n’est pas superflue si
l’on pense aux conséquences pénibles qui s’en suivraient après l’introduction
d’un nouveau compagnon infecté. Pendant cette période il sera aisé de l’observer
quitte à lui faire subir le traitement thermique précité comme action préventive
et de lui donner des vitamines, des oligo-éléments et du calcium. • Il
convient également de bien désinfecter, avant l’introduction dans le bac, les
plantes (antibactérien et antiparasitaire du commerce), racines et autres
éléments de décors (dans un récipient avec un peu de javel), ne pas omettre les
éponges, les épuisettes, les tuyaux de remplissage, etc. qui pourraient servir à
plusieurs bacs.
Situations particulières des jeunes poissons : Ce qui explique pourquoi
les jeunes poissons après la période de l’alimentation du mucus de leurs parents
qui contient des anticorps et qui leur donnait, pendant cette période, une
relative protection sont beaucoup plus exposés aux agents infectieux malgré
qu’ils disposent du système immunitaire non spécifique (dès la naissance) mais
compte tenu de leur jeune âge leur système immunitaire spécifique est à
construire au gré des rencontres avec les agents infectieux pour élaborer les
anticorps spécifiques à chacun des agents infectieux.
A la différence des parents qui ont leurs propres anticorps et la
particularité de les conserver en mémoire pour les utiliser ultérieurement
lorsqu’ils seront à nouveau en présence des mêmes agents infectieux, les jeunes
poissons qui bénéficient de ces mêmes anticorps pendant le nourrissage du mucus
ne disposent pas de la faculté de les conserver en mémoire.
De ce fait, dès qu’ils ne bénéficieront plus du mucus protecteur et pendant
les premiers mois de leur vie ils n’auront guère de protection contre les
infections durant le temps nécessaire pour «construire» leurs propres défenses
naturelles spécifiques avec anticorps et de les conserver en mémoire. Ces jeunes
poissons seront très sensibles à une présence importante de nitrate, aux
infections bactériennes, et aux parasites unicellulaires (Costia ou Ichthyobodo
nécatrix entre autres) D’où des mortalités observées, jour après jour.
Pendant cette période il sera impératif d’effectuer, chaque jour, des
changements d’eau pour éviter une accumulation de matières organiques qui est le
siège de nombreux parasites. Bernard
(*) Extrait, thèse de doctorat 2001 de Monsieur Thomas. Pour les passages
retenus, je remercie Monsieur Thomas pour avoir donné son accord pour le plus
grand plaisir de nos amis aquariophiles.
Article publié sur DiscusFarm, avec l’aimable autorisation d’Annie et de
Bernard. |