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La peste du discus par pdauphin61
Synthèse
L’apparition d’une attaque foudroyante de bactéries dans un bac, sur tous les poissons, en moins de 24 heures, est une expérience traumatisante. Communément appelée « peste du discus », personne en Suisse – ni en France je crois – n’a su isoler le facteur primaire responsable de l’affaiblissement immédiat du poisson. Ses impacts sont néanmoins dramatiques : attaque massive de bactéries, peau partant en lambeaux, champignons se développant par plaques qui se détachent et laissent la chair à vifs, poissons sombres à noirs, regroupés au sol quasiment à plat. Cela m’est arrivé le 15 octobre 2006.
Le but de cet exposé est de permettre à chacun d’identifier cette saleté très rapidement et de faire immédiatement un choix : renoncer et perdre ses poissons ou s’investir en temps et en argent et travailler beaucoup, éventuellement les sauver.
Pourquoi cet exposé : parce que j’ai sauvé 48 poissons sur les 62 du début, après un mois d’efforts et de soutiens de nombreuses personnes, que je tiens à remercier. Cette expérience me paraît devoir être partagée. Vous trouverez ci-dessous des illustrations sur :
- quand et comment réagir ;
- la nécessité de reconnaître l’apparition de la maladie, avec
- des poissons regroupés ne mangeant plus,
- l’illustration d’une sécrétion excessive de mucus ;
- le traitement qui a fonctionné, les traitements alternatifs, une solution d’ultime recours ;
- les enseignements tirés ;
- mes conclusions.
Je vous souhaite bonne lecture de ce qui suit en espérant que cela pourra vous être utile.
Quand et Comment réagir
Il faut choisir tout de suite et commencer le jour même de l’apparition certaine de cette attaque virulente, et s’organiser pour tenir un mois :
- organiser son agenda pour être capable de renouveler 100% d’eau chaque jour ;
- courir les magasins ou commander en express les médicaments pour un mois ainsi que du gros sel de cuisine sans iode, ainsi que le permanganate de potassium pour tout désinfecter ;
- commander en express de la nourriture vivante et s’abonner pour un envoi hebdomadaire (par exemple les conditionnements Grebil tiennent très bien, ou les tubes de vers de vase d’Aquapinpic) ;
- vider le jour même l’ensemble du décor pour traiter une cuve nue, ou, si l’on en dispose, transférer tous les poissons dans une cuve nue et désinfecter le bac – j’y reviendrai ;
- travailler beaucoup, persévérer, accepter les hauts et les bas avec de nombreuses rechutes ;
- assumer son choix d’un traitement durant 5 jours au minimum, puis laisser les poissons se reposer au minimum 4 jours sans traitement, juste avec des changements quotidiens de 100% de l’eau ;
- saisir l’opportunité d’un changement de traitement lorsqu’apparaît une variation : les solutions doivent évoluer au fil de l’évolution même de la maladie et de vos poissons.
Un espoir est exprimé par des éleveurs professionnels belges et français, tiré de leur expérience suite au championnat de Bretteville en 2000, rapporté par Annie de Discus Farm : tout s’arrête en 21 jours, d’une manière ou d’une autre. J’en ai la démonstration avec la bonne santé de mes poissons aujourd’hui
Reconnaître l’apparition de la maladie au travers de l’attitude et de l’aspect du poisson
Au premier jour de l’apparition de la maladie, sans aucun signe extérieur visible, les discus se sont regroupés et on cessé instantanément de manger, ou se sont isolés ;


…posés à même le sol tels un bateau échoué ou un bois mort à la merci des courants !


Après que tout semblait mieux aller dans un bac, le même comportement a été reconnu sous 12 heures lors des rechutes

Entre le 2ème et le 4ème jour suivant, les discus ont produit un excès de mucus en devenant très sombres et en s’allongeant sur le côté au sol, ou en flottant de travers en surface. Cela s’est reproduit régulièrement après chaque rechute, sur des poissons différents, qui semblaient précédemment être tirés d’affaire.
Outre le fait que tout se déclare en moins de 12 heures dans l’ensemble du bac, le poisson cessant immédiatement de s’alimenter, et en fonction des symptômes décrits en préambule, les effets sont visibles: le poisson est de côté, quasi posé au fond, sa peau sombre est couverte de tâches ou d’un coton blanchâtre flou :
Quelques tâches anodines, à l’heure où une ponte venait à éclore, puis 24 heures plus tard


L’apparition d’un mucus en excès…ou un voile opaque sur les yeux et les nageoires qui s’effilochent


Le traitement
Du fait même que le facteur primaire reste inconnu, il n’existe pas de traitement miracle de référence. Du fait que 12 bacs ont été touchés en 72 heures, il a été possible d’expérimenter plusieurs protocoles, desquels il est possible de retenir uniquement ce qui a bien marché et qui pourrait être entrepris très tôt dès la certitude d’être confronté à ce fléau.
Si vous avez plusieurs bacs dans le même local, même si vous ne voyez pas encore de symptômes ailleurs, démarrez le traitement de tous les bacs simultanément, car sans cela ce n’est que partie remise à plus tard : tous y passeront !
Il importe de préparer une cuve nue (ou plusieurs), d’en mesurer le volume net intérieur, de faire un trait à 3 centimètres du fond, c’est la limite basse du changement d’eau. Il faut aussi être organisé pour changer 100% de ce volume d’eau (plus les 3 centimètres restant pour la survie des poissons à plat) chaque jour, mieux même, si possible 2 fois par jour.
Peu importe la densité de poissons au litre dans la mesure où toute l’eau est changée tous les jours. Je suis tombé à 20 litres par poissons d’un diamètre de 17 à 22 cm.
Il faut aussi disposer du stock nécessaire de médicaments, de sel et de nourriture vivante en plus de la nourriture qu’ils apprécient habituellement.
Si vous en avez mis, retirez la tourbe et/ou le charbon actif de la masse filtrante.
2) Traitement lui-même, chaque jour
- une demi-heure avant le changement, nourrir (qu’ils mangent ou pas),
- changer 100% d’eau en aspirant les fèces et restes de nourriture (veillez à retirer la prise du chauffage avant, et à la rebrancher après),
- monter la température à 32 degrés (2 degrés de plus accélèrent de trois fois le métabolisme des poissons, selon Jacques Bovet, biologiste à Areuse),
- ajouter 6 grammes de sel par litre d’eau (pensez à diluer avant),
- ajouter la dose d’antibiotiques nécessaire – ça, c’est le volet d’Alain, qui vous expliquera les posologies possibles
- éteignez la lumière.
Je préconise en effet de frapper tout de suite vite et fort, et ce sont les antibiotiques qui ont fini par s’avérer le plus efficace, 18 jours après le début de la maladie toutefois. J’ai pu tester un quart de la dose, une demi-dose, et une dose entière, option qui a vu 3 poissons morts en 12 heures sur 2 jours. Peut-être était-ce dû à l’affaiblissement général ou à la dose d’antibiotiques, je ne le saurai jamais.
En tous les cas, démarrer tôt et fort permet de disposer de poissons encore complètement solides et disposant de réserves, ce qui n’était pas le cas pour moi 18 jours plus tard.
3) Traitements alternatifs, qui n’ont pas abouti à un résultat durable
Dans l’éventualité où vous voulez éviter les antibiotiques, les 2 autres traitements alternatifs consistent soit à effectuer 2 changements de 100 de l’eau par jour en remettant chaque fois une dose maximale de Discus safe, soit 20ml par 100lts nets, ou alors un protocole différent, qui a toutefois trouvé des limites avec de nombreuses rechutes :
Jour1 :
- 1 pastille de baktopur direct pour 50lts nets, et éteindre la lumière pour préserver le nifurpirinol du médicament
- 1,2 ml de FMC par 100 lts nets,
- 1 ml de baktopur par 20 lts nets,
- 5 ml de sulfate de cuivre par 100 lts nets – d’une solution-mère de 16gr/litre
Renouvelé en J2, J3, J4 et J5, sans repos, avec changement préalable de 100% de l’eau.
Dès le J6, il faut stopper le baktopur, ad minima durant une semaine. Par contre, le reste du traitement peut se poursuivre, bien que le FMC tue toutes les bactéries assèche les muqueuses et les tissus épithéliales (cellules et couches minces de la peau ainsi que celles qui ont une fonction de sécrétion).
Après 28 jours de traitement, un bac a été à nouveau complètement atteint, un poisson mourrant en 2 jours après avoir eu le corps recouvert d’un champignon, qui s’est détaché, le poisson ayant la chair à vif et perdant toutes ses écailles avant de mourir.

Lors de la dissection de trois poissons par notre ami biologiste Jacques Bovet, j’ai appris qu’ils étaient « sains », sans aucune trace de vers branchiaux ni de parasites intestinaux, ni d’œufs de vers, le foie et la rate étant « tout joli ». En conséquence, j’ai estimé qu’à ce stade cette manifestation de la maladie n’était plus qu’externe.
J’ai pris la décision de désinfecter tout le bac au permanganate de potassium, ce qui est une solution d’ultime recours demandant énormément de précautions :
- le permanganate de potassium devient nocif après 30 minutes,
- il faut donc minuter précisément la duré nécessaire à renouveler le 100% de l’eau dans ce laps de temps, après l’introduction du médicament,
- mettre en route une aération maximale,
- se préparer à sortir un ou tous les poissons qui ne le supporteraient pas,
- dans un récipient, diluer 2 grammes de permanganate pour 100 litres nets du bac à traiter,
- introduire le médicament dilué, l’eau va devenir violette très sombre, peinant à distinguer les poissons,
- démarrer le renouvellement de l’eau pour que l’eau fraîche soit à nouveau dans le bac rempli 30 minutes après l’introduction du médicament.
Veillez à surveiller vos poissons, s’ils pipent de l’air en surface, sortez-les. S’ils se couchent au sol, c’est normal, c’est violent.
Suite à cela, les poissons pèlent, comme s’ils muaient, c’est normal. Une heure plus tard, effectuez un nouveau renouvellement de 100% de l’eau en aspirant les restes de peau.
Enseignements tirés
De tout cela, il m’apparaît que « ça n’arrive pas qu’aux autres » ! Une maintenance adéquate implique d’aspirer chaque jour les fèces avant nourrissage, et les restes une demi-heure plus tard, en complétant l’eau enlevée (souvent 10 à 15% du volume). Renouveler un tiers de l’aquarium une fois par semaine est un minimum, deux fois est vraiment correct.
Installer un bac de quarantaine nu en dehors de la pièce où se trouvent les aquariums est indispensable : cette maladie s’est transmise par l’air !
Faire des choix, seul : personne ne peut se mettre à notre place lorsque cela arrive. Il faut choisir, vite, déterminer qu’on est confronté à cette maladie et démarrer les soins. Chaque fois, tenir cinq jours continus. Se remettre en question et laisser un peu de repos aux poissons, quatre jours de renouvellement de 100% de l’eau 2 fois par jour. A contrario, filtrer 24 heures sur charbon actif puis renouveler complètement l’eau.
Assumer ses choix avec courage, s’en remettre au conseil d’un seul avis ! De nombreuses personnes écriront qu’ils préconisent autre chose. Peut-être disent-elles vrai. Il n’empêche ! Commencez et finissez ce que vous avec entrepris, pour vous-même apprendre et, quand ça arrive, tirer l’enseignement de vos erreurs : vous en sortirez personnellement mieux armé à faire face à d’autres imprévus.
Conclusion
Les 62 poissons du départ comptaient 14 jeunes, certains se développant mal, que je gardais notamment comme poissons-tests lors de l’acquisitions de nouveaux poissons. J’en ai volontairement tué 6 au moment de regrouper les discus de 12 bacs dans 5 bacs, pour faciliter les changements d’eau massifs. 3 sont mors suite à la dose maximale d’antibiotiques – ou par affaiblissement - , 1 est mort « pour rien », il était beau, celui de la photo est mort peu après celle-ci. Il me reste donc à ce jour 48 poissons. Je pense donc que cette expérience peut être utile à d’autres.
J’espère surtout qu’elle éveillera la conscience de tout futur acquéreur d’un discus des nécessités d’offrir à nos poissons des conditions de maintenances optimales, de respecter les instructions et périodes de quarantaine qui éviteront une telle mésaventure.
Les poissons aujourd’hui (26.11.06)
Plus d’un mois plus tard, je reste depuis une dizaine de jours à un renouvellement journalier d’un tiers de l’eau de chaque bac, à raison de 2/3 d’eau osmosée et 1/3 d’eau du robinet, pour un mélange amenant à PH 6.6 et conductivité 130 micro-siemens. Les poissons sont toujours regroupés dans les 5 bacs, je n’y ai pas remis les plantes en pots, ni les cônes de ponte, ni les poissons de fond. Je vais encore patienter un mois à ce rythme. Les poissons sont sortis d’affaire mais je vois dans leur attitude qu’il y a des moments où quelque chose les gêne encore. Je vais encore patienter.
Le bac (bac6) comportant des subadultes, Nahmunda (Hustinx 12.1.06) et Alenquer (Poissons Passion 15.1.06) ainsi qu’un jeune issu du couple B.Diamond qui est morts.

Le bac (bac25) comportant 5 grands Nahmundas (Hustinx 30.9.06) et le couple (mâle Royal Blue sauvage et femelle Snakeskin – celle si mal les 15 et 16.10.06, 2 photos ci-dessus) à l’heure du nourrissage


Le bac (bac26) comportant 2 mâles Turquoises, 2 femelles Turquoise, 1 femelle Snakeskin, 1 femelle Tefé sauvage, 2 femelles Cobalt, quelques jeunes

Le bac (bac28)
comportant 2 Pigeon Snakeskin Pointé, 1 White (n’a pas grandi) et quelques
Pigeon variés

Le bac (bac29) comportant encore 4 Tefé sauvages, 1 Nahmunda orangé – il se remet – 3 Nahmunda (du 30.09.06 : 5 ramenés, un mort et un disséqué), 1 Alenquer – Willy le Borgne de ma fille – et 2 jeunes du couple Royal Blue-Snakeskin


Le Nahmunda orangé se remet

Remerciements
Je tiens à remercier sincèrement Alain, co-webmaster du site LesDiscus.com, Jacques Bovet, biologiste, ainsi que Sébastien Pinheiro, pour leur investissement inconditionnel et leurs conseils pratiques qui ont sauvé mes poissons et m’ont donné la force de tenir la distance.
Je remercie également les passionnés du site pour leur soutien et leurs encouragements, ainsi qu’Annie de Discus Farm qui m’a donné l’ultime encouragement à passer à 2 changements de 100% de l’eau par jour, ainsi que Medis qui m’a suggéré la désinfection « ultime recours » un soir du 10 novembre où j’étais passablement déprimé.
Puissiez-vous offrir à vos poissons des conditions qui vous évitez cette mésaventure et acquérir vos poissons chez des vendeurs dignes de ce nom.
Aquariophilement vôtre, Marc, alias pdauphin61
Annexe : évolution des bacs au fil des jours
..::Télécharger le tableau de l'évolution::..
Commentaire d’Alain
La peste du discus.
Cette maladie est apparue peu de temps après Tchernobyl, coïncidence ?
Elle est apparue en Allemagne, puis s’est étendue en Asie.
En Europe, lorsqu’un bac est atteint, l’introduction de nouveaux poissons en est souvent la cause, et ces poissons proviennent d’Asie.
Il a été également remarqué que cette maladie arrivait souvent au printemps et en automne.
Cette maladie a été appelée « peste du discus » parce qu’elle se propage à une vitesse vertigineuse.
Toutes les recherches effectués jusqu’à présent pour en déterminer le facteur déclenchant sont restés vaine.
Après l’aventure arrivée à Marc, il s’avère qu’un diagnostique précoce est primordiale.
Plusieurs essais de traitements ont été effectués.
Celui qui a vraiment marché.
Antibiotique (augmentin500mg) pour 100 litres d’eau réel + sel 6grs litres + température à 32°
Un à deux changements d’eau de 100% par jour.
Traitement pendant cinq jours.
Une pause de sept jours pendant laquelle aucun médicament n’est distribué, seul les changements d’eau et le sel continue.
Un nouveau traitement de cinq jours avec antibiotique
Le tout pendant un mois en alternant cinq jours de traitement et une semaine de repos.
L’apport de nourriture vivante est fortement conseillé pendant ce mois de traitement.
Après ce mois de galère, il faut continuer les changements d’eau important.
La guérison complète peut être vraiment prononcé s’il n’y a pas eu de rechute après six mois.
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